• 24 juin 2021 15h47

Interview avec Pr ADOUBI INNOCENT (Chef de service cancérologie au CHU de Treichville et Directeur-coordonnateur du Programme National de Lutte contre le Cancer (PNLCa)

ByGermain Ndri

Oct 23, 2020

Pr ADOUBI INNOCENT (Chef de service cancérologie au CHU de Treichville et Directeur-coordonnateur du Programme National de Lutte contre le Cancer (PNLCa) : « Les moyens de traitement du cancer se développent. Il n’y a vraiment aucun souci dans les années à venir. Avec des Ressources Humaines qualifiées, avec une meilleure  compréhension  de   la maladie  au niveau  diagnostic  et  thérapeutique, on peut arriver à guérir le cancer ».   

        Dans cet entretien, le spécialiste de la cancérologie, Pr ADOUBI Innocent, donne les signes annonceurs, les différents facteurs de risque, les conséquences   des cancers du col de l’utérus et du sein. Il préconise également le dépistage précoce du cancer et sensibilise les populations sur cette pathologie.

 

 Q : Pouvez-vous nous dire ce qu’est le cancer, en général ?

Pr ADOUBI: Le cancer c’est une maladie de la cellule c’est-à-dire une maladie qui se caractérise par la multiplication des cellules de manière anarchique, ne respectant plus les règles de l’équilibre de l’organisme et qui ont cette capacité d’agresser l’organe où naissent ces cellules. Elles ont surtout cette capacité d’envahir tout l’organisme à travers les vaisseaux sanguins. Le cancer touche près de 12 millions de nouveaux cas par an avec 6 à 7 millions de décès.

 Q : Pouvez-vous nous définir particulièrement le cancer du col de l’utérus et celui du sein?

 Pr ADOUBI : Vous savez que l’utérus c’est un organe féminin qui se présente plus ou moins comme une poire renversée. Le col de l’utérus constitue la grande partie qui tombe dans le vagin. Le cancer du col de l’utérus est la multiplication des cellules de façon anarchique au niveau du col de l’utérus. Ce phénomène de multiplication se caractérise souvent par des saignements vaginaux, des pertes nauséabondes, etc. Donc c’est un cancer qui est facilement détectable parce qu’il suffit de mettre un « speculum » pour s’en rendre compte. Et le cancer du col de l’utérus, c’est le deuxième  cas de cancer en Côte d’Ivoire.

Q : Maintenant, qu’en est-il du le cancer du sein ?

Pr ADOUBI : Le cancer du sein quant à  lui, est un cancer qu’on voit souvent chez les femmes qui cumulent un âge qui tourne autour de 40 à 45 ans. C’est un cancer qui est très redoutable parce qu’il est capable de donner des « métastases» s’il n’est pas diagnostiqué   tôt. Ces métastases se caractérisent bien sûr par la prolifération des cellules au sein du sang, capables de donner des tumeurs qui vont finir par envahir l’organisme.

Q : Combien de types de cancer existe-t-il ?

 Pr ADOUBI : Il existe une centaine de type de cancer. Tous les organes peuvent être atteints par le cancer. Le cancer du col de l’utérus  et le cancer du sein font partie des cancers les plus fréquents chez la femme. Sinon, de manière générale, le cancer peut atteindre tous les organes. On distingue plusieurs types de cancer. Alors, il faut savoir que les cancers les plus fréquents, à part le cancer du col de l’utérus et le cancer du sein chez la  femme, il y a le cancer du poumon, le cancer de la prostate, le cancer du foie, le cancer de l’estomac, le cancer de la vessie. Ce sont les cancers les plus vus dans le monde.

 : Le kyste est-il un signe du cancer ? 

Pr ADOUBI : Non, le kyste n’est  pas forcément un signe du cancer. Bien vrai qu’il peut avoir des kystes cancéreux. Mais le kyste, en fait, c’est la formation d’une boule avec à l’intérieur un liquide. C’est  souvent des structures qui sont  bénignes.

: Quelles sont les causes du cancer ?

Pr ADOUBI : Les causes du cancer sont multiples. D’abord, il y a le vieillissement. Parce que, plus on prend de l’âge, plus le contrôle des mécanismes de régulation de l’organisme ne  fonctionne pas comme il le faut. Donc les cellules peuvent se mettre à devenir assez folles pour constituer des groupements de cellules anormales. Mais il y aussi des facteurs qui peuvent influencer négativement notre organisme, à savoir le tabagisme, l’alcool, une alimentation déséquilibrée (trop riche en calorie), la sédentarité qui est également l’une des causes du cancer. Par ailleurs, il faut ajouter  l’exposition aux produits chimiques  ou à un environnement pollué. Donc, tous ces éléments  peuvent  être considérés comme des facteurs de risques du cancer, en général.

Q : Vous venez de donner les causes du cancer en général. Mais prenons le cas du cancer du col de l’utérus en particulier. Quelles en sont les causes ?

Pr ADOUBI : Le cancer du col de l’utérus est causé par un agent viral qu’on appelle le Papillomavirus Humain (PVH). C’est un virus qui est transmis sexuellement comme le VIH et qui est capable de transformer le col de l’utérus de manière négative et entraîner une prolifération à son niveau avec possibilité de transformation en tumeur. Donc  c’est l’agent causal du cancer du col de l’utérus. C’est un virus qui est transmis par voie sexuelle.

Q : Est-ce qu’il est recommandé aux femmes  de faire des toilettes répétées ou de laver plusieurs fois la partie intime ?

 Pr ADOUBI : Disons  que les toilettes répétées favorisent plutôt les infections bactérielles. Mais, Les toilettes répétées ne sont pas directement liées  au cancer du col.  Le cancer du col de l’utérus, c’est un virus qui agit sur le col de l’utérus et qui est transmis sexuellement. Les toilettes  vaginales n’ont aucune influence sur le virus.

 Q : Quelles sont les conséquences du cancer de façon générale ?

Pr ADOUBI : Le cancer c’est une maladie insidieuse qui évolue lentement.  Il peut  mettre 10 à 15 ans avant  de paraître. Le problème du cancer c’est son diagnostic précoce. Et ce diagnostic précoce, nous l’avons grâce à la technologie. Les moyens de traitement se développent. Il n’y aura vraiment aucun souci dans les années à venir. Avec des ressources humaines  qualifiées, une meilleure compréhension de la maladie, surtout au niveau diagnostic et thérapeutique, l’on peut arriver à guérir totalement le cancer.

Q : Pouvez-vous nous donner quelques chiffres au niveau du cancer du col de l’utérus et du cancer du sein?

 Pr ADOUBI: Au niveau du registre du cancer d’Abidjan qui donne les statistiques épidémiologiques, le cancer du sein représente environ 38% pour 100.000 habitants en terme d’incidence et le cancer du col  de l’utérus est autour de 30 à 31 % pour 100.000 habitants. On observe de plus en plus des cancers du col de l’utérus à  des stades de début. Et une amélioration de la prise en charge du cancer du col de l’utérus fera qu’on verra  de moins en moins de cancer du col de l’utérus dans les années à venir si bien sûr des projets de mise en place des sites et d’activités de sites  continuent d’être aussi performants. Donc, si ces actions sont bien coordonnées nous pouvons être sûr que  le cancer du col de l’utérus va continuer de baisser.

Q : Vous avez parlé tout à l’heure du dépistage précoce du cancer du sein. Les jeunes filles de moins de  18 ou 20 ans  doivent-elles aussi faire le dépistage précoce?

Pr ADOUBI: Il s’agit d’un certain nombre de cas très limités.  Les filles de moins de 20 ans qui ont ce cancer ont une proportion très faible.  Ce sont des choses qui arrivent mais ce n’est pas la grande fréquence. La grande fréquence c’est autour de 45 ans.

Q : Qu’en est-il du cancer du col de l’utérus?

Pr ADOUBI: Le cancer du col de l’utérus est une maladie sexuellement transmissible. Donc les rapports sexuels précoces avant l’âge de 13 ans constituent aussi les facteurs de risque du cancer du col de l’utérus surtout s’il y a eu une infection virale qui est en dessous. C’est pourquoi on préconise l’information et la sensibilisation des jeunes filles sur l’abstinence sexuelle parce que les rapports sexuels précoces fragilisent le col de l’utérus.  Et le cancer du col de l’utérus peut survenir plus tard, surtout s’il y a une infection  associée.

Q : A quel moment parle-t-on de rapports sexuels précoces ?

Pr ADOUBI: On parle de rapports sexuels précoces lorsqu’ils sont faits avant l’âge de 16 ans. Quand on regarde les femmes qui ont eu le cancer du col de l’utérus, il y  a certaines qui ont eu leurs premiers rapports sexuels à l’âge de 12 ans. Donc toutes les études ont montré que les rapports sexuels précoces sont aussi des facteurs de risque du cancer du col de l’utérus.

Q : Comment peut-on prévenir le cancer du col de l’utérus en  particulier?

Pr ADOUBI: La prévention du cancer du col de l’utérus, passe par le port du préservatif et/ou la vaccination. Aujourd’hui, une jeune fille de neuf ans peut se faire vacciner contre le cancer du col de l’utérus c’est-à-dire  se faire vacciner contre le virus qui est responsable du cancer du col de l’utérus qu’on appelle le papillomavirus. Le deuxième élément important est que toute femme qui est déjà en activité sexuelle, à partir de 18 ans ou 20 ans, doit pouvoir consulter un médecin (gynécologue) chaque année pour examiner le col de l’utérus. C’est en ce moment-là qu’on pourra découvrir des lésions qui peuvent être suspectes et les traiter avant que le cancer n’apparaisse. Il est bien de savoir que toute femme qui est en activité sexuelle peut être une femme qui a un risque de développer un cancer du col. Donc il faut qu’elle puisse consulter régulièrement son gynécologue pour pouvoir faire l’état des lieux par rapport au col de l’utérus.

Q : Comment peut-on prévenir le cancer de façon générale?

Pr ADOUBI: Il y a des cancers qui sont évitables. Mais il y a des cancers aussi qu’on ne peut pas éviter parce qu’on ne connaît pas les origines et autres. La prévention est d’abord primaire c’est-à-dire qu’il y a des actes  à supprimer pour  éviter le cancer. C’est le cas du tabagisme,  de l’alcoolisme ou d’une alimentation mal  équilibrée. Il faut surtout pratiquer une activité sportive. Tout ça peut nous permettre de réduire les risques. Mais malheureusement il y a des cancers qu’on ne peut pas éviter. Ce sont les cancers d’origine génétique, qu’on ne peut pas éviter en tant que tel. L’important, c’est de pouvoir faire des consultations régulières. L’esprit de faire un «  check off » tous les deux ans ou chaque année par rapport à soi-même et surtout faire attention à son corps. Il faut voir s’il n’y a pas de tumeur, des hémorragies,  des troubles qui persistent au niveau digestif ou au niveau urinaire. Tous ces signes doivent nous conduire  à consulter un médecin. Même, en absence de ces signes, il faut se consulter souvent. Donc c’est pour vous dire qu’il n’y a pas de signe particulier. Seul le dépistage peut permettre de découvrir un cancer pendant que le diagnostic ne présente  pas de signe particulier. En fait, c’est une façon de détecter  précocement  la maladie. Le diagnostic précoce consiste à détecter des signes dès le début. C’est-à-dire au moins deux mois avant que le patient ne parte à la  consultation. La plupart du temps, ce sont des cancers qui ne sont pas avancés. On peut proposer donc des traitements efficaces.

En définitif, il faut dire que si 50 % des cancers peuvent être évités, 80 %  des cancers peuvent être traités correctement s’ils sont diagnostiqués tôt.

Réalisée par Sunday ALAIN

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